MJPM : et si l’analyse de la pratique devenait enfin un vrai temps pour souffler, réfléchir et prendre du recul ?

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Stephane

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MJPM : et si l’analyse de la pratique devenait enfin un vrai temps pour souffler, réfléchir et prendre du recul ?

MJPM : et si l’analyse de la pratique devenait enfin un vrai temps pour souffler, réfléchir et prendre du recul ?

Être mandataire judiciaire à la protection des majeurs, ce n’est pas seulement connaître les textes, gérer un budget, rédiger un rapport ou respecter une procédure.

C’est aussi, et surtout, accompagner des personnes vulnérables. Des personnes avec leur histoire, leurs choix, leurs contradictions, leurs familles, parfois leurs colères aussi.

Et puis, il y a le MJPM au milieu de tout cela :

  • Celui qui doit décider.
  • Celui qui doit parfois dire oui.
  • Celui qui doit parfois dire non.
  • Et celui qui rentre quelquefois chez lui en se demandant : « Est-ce que j’ai fait ce qu’il fallait ? »

C’est précisément pour cela que l’analyse de la pratique professionnelle a toute sa place dans le métier de MJPM.

Et à partir du 1er janvier 2027, elle va prendre une place encore plus importante.

À partir de 2027, qu’est-ce qui devient obligatoire ?

Commençons par être précis. On peut déjà lire ici ou là :

« L’analyse de la pratique devient obligatoire pour les MJPM en 2027. »

Ce n’est pas tout à fait exact.

À compter du 1er janvier 2027, les MJPM seront soumis à une obligation de formation continue.

Cette obligation concerne les professionnels quel que soit leur mode d’exercice : les MJPM qui travaillent au sein d’un service, les préposés d’établissement, mais aussi les mandataires exerçant à titre individuel.

Autrement dit : ce n’est pas uniquement une affaire de salariés de services tutélaires.

Les MJPM individuels sont concernés eux aussi.

La réglementation prévoit 14 heures sur une année civile, ou 28 heures sur deux années consécutives.

Et parmi les actions permettant de répondre à cette obligation figure expressément l’analyse collective des pratiques professionnelles.

Voilà la nuance.

L’APP n’est donc pas imposée à tous les MJPM en tant que telle.

Mais elle est désormais reconnue officiellement comme une modalité permettant de répondre à cette nouvelle obligation de formation continue.

Et finalement, au-delà du texte réglementaire, la vraie question pourrait être :

Pourquoi se priver d’un espace aussi utile dans un métier aussi complexe ?

Parce qu’un MJPM ne travaille jamais uniquement avec des textes

Prenons une situation toute simple.

Une personne protégée souhaite utiliser une somme importante pour un projet que le mandataire estime peu raisonnable.

Sur le papier, il y a le droit.

Il y a la mesure prononcée.

Il y a ce que le MJPM peut faire et ce qu’il ne peut pas faire.

Mais dans la vraie vie, il y a aussi une personne qui dit :

« C’est mon argent. J’ai le droit de choisir. »

Et face à elle, un professionnel qui se demande où se situe la bonne limite.

Est-ce que je protège ?

Est-ce que j’empêche ?

Est-ce que j’accompagne ?

Est-ce que je projette aussi mes propres valeurs sur cette personne ?

Ce sont exactement ces situations que l’analyse de la pratique permet de travailler.

Pas pour qu’un animateur arrive avec une baguette magique en annonçant :

« Voilà ce qu’il fallait faire ! »

Heureusement.

Ce serait beaucoup trop simple.

L’objectif est plutôt de comprendre ce qui s’est joué dans la situation, ce qui a mis le professionnel en difficulté et quelles autres façons de regarder la situation sont possibles.

L’analyse de la pratique, ce n’est pas une réunion de service

C’est important de le rappeler.

Une réunion de service sert à organiser :

  • Qui fait quoi ?
  • Quel dossier doit être traité ?
  • Quelle échéance arrive ?
  • Qui remplace qui ?

L’analyse de la pratique n’a pas cette fonction.

Ce n’est pas non plus une thérapie de groupe.

Et ce n’est pas davantage une formation classique dans laquelle une personne parle pendant trois heures pendant que les autres prennent des notes en essayant de ne pas regarder l’heure.

L’analyse de la pratique part du reel :

  • D’une situation vécue.
  • D’une situation qui a posé question.
  • D’une situation que l’on n’arrive pas complètement à ranger dans un tiroir une fois la journée terminée.

Chez Adimpletionum, nous considérons l’analyse de la pratique comme un espace permettant à un collectif de travailler de manière réflexive sur sa posture professionnelle. L’animateur est là pour garantir une méthodologie, poser un cadre et aider le groupe à penser la situation.

Prenons un autre exemple

Un MJPM accompagne depuis plusieurs années une personne qui l’appelle énormément.

Une fois.

Deux fois.

Dix fois dans la semaine.

Le professionnel commence à ne plus supporter de voir son numéro apparaître sur le téléphone.

Et immédiatement arrive la culpabilité :

« Je travaille avec des personnes vulnérables. Je devrais être plus patient. »

Peut-être.

Ou peut-être pas.

Peut-être que la vraie question est ailleurs.

Quelle place le professionnel a-t-il progressivement prise dans cette relation ?

Quelles limites ont été posées ?

Que vient chercher la personne protégée dans ces appels ?

Pourquoi cette situation devient-elle insupportable maintenant alors qu’elle ne l’était pas il y a six mois ?

Voilà ce que permet l’analyse de la pratique.

Décaler le regard.

Et parfois, rien que ce décalage change beaucoup de choses.

Travailler sa posture plutôt que chercher une recette

Dans les métiers de l’accompagnement, nous aimerions parfois avoir des recettes.

Situation A = réponse A.

Situation B = réponse B.

Malheureusement — ou heureusement — l’être humain fonctionne rarement comme un tableau Excel.

Deux personnes vivant une situation apparemment identique peuvent nécessiter deux accompagnements complètement différents.

C’est là que la posture professionnelle devient essentielle.

L’analyse de la pratique permet justement de travailler cette posture.

Elle peut interroger la juste distance, la place des émotions, le rapport à l’autorité, les relations avec les familles, les partenaires, les désaccords ou encore les limites de son intervention.

Et pour les MJPM, ces questions sont quotidiennes.

Pour les MJPM individuels aussi

Il y a un point qui nous semble particulièrement important : les MJPM exerçant à titre individuel peuvent être très seuls face à certaines situations.

Dans un service, même lorsque l’organisation n’est pas parfaite, il existe généralement des collègues, un responsable, un couloir dans lequel on peut croiser quelqu’un et lui dire :

« Tu as cinq minutes ? J’ai une situation compliquée. »

Quand on exerce seul, ce « tu as cinq minutes ? » est parfois beaucoup plus difficile à trouver.

Prenons l’exemple d’un mandataire individuel qui vient de vivre un échange très conflictuel avec la famille d’une personne protégée.

Il a juridiquement sécurisé sa décision.

Son dossier est solide.

Mais il reste avec un doute.

Aurait-il pu dire les choses autrement ?

A-t-il été trop direct ?

A-t-il été suffisamment clair ?

La colère de la famille a-t-elle modifié sa propre posture ?

Avec qui peut-il déposer cette situation ?

Avec qui peut-il la penser sans être jugé ?

L’analyse de la pratique peut alors offrir un véritable espace professionnel entre pairs.

Un endroit où l’on retrouve d’autres mandataires.

Où l’on découvre que les questions que l’on se pose, d’autres se les posent aussi.

Et où l’on peut sortir, pendant quelques heures, de cette solitude professionnelle.

Une obligation… mais surtout une opportunité

À partir de 2027, il faudra donc pouvoir justifier des heures réalisées dans le cadre de cette nouvelle obligation de formation continue.

On peut évidemment regarder cette évolution uniquement sous l’angle administratif.

Compter les heures.

Récupérer les justificatifs.

Faire un joli dossier.

Et cocher la case.

Mais ce serait dommage.

Vraiment dommage.

Parce que nous pouvons aussi profiter de cette obligation pour remettre au centre quelque chose d’essentiel :

prendre soin de la manière dont les professionnels travaillent.

Pas seulement leur apprendre davantage.

Mais leur permettre de réfléchir à ce qu’ils vivent.

À ce que certaines situations leur font.

À la manière dont ils prennent leurs décisions.

À leurs doutes aussi.

Chez Adimpletionum, nous animons depuis plusieurs années des groupes d’analyse de la pratique dans toute la France. Notre expérience nous montre régulièrement une chose : un groupe a rarement besoin qu’on lui apporte toutes les réponses.

Il a surtout besoin qu’on lui permette de poser les bonnes questions.

Et c’est peut-être finalement cela, l’intérêt de cette évolution réglementaire.

Faire en sorte que les heures obligatoires ne deviennent pas simplement :

« Bon, c’est fait. J’ai mes 14 heures. »

Mais qu’un professionnel puisse sortir d’une séance en se disant :

« Tiens… je n’avais jamais regardé cette situation comme ça. »

Et lorsque l’on accompagne chaque jour des personnes vulnérables, changer son regard de quelques degrés peut parfois changer beaucoup de choses.

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