Une séance de GAPP : comment l’analyse de la pratique professionnelle permet de travailler la posture

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Stephane

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Une séance de GAPP : comment l’analyse de la pratique professionnelle permet de travailler la posture

Une séance de GAPP : comment l’analyse de la pratique professionnelle permet de travailler la posture

En analyse de la pratique professionnelle, il est facile de glisser vers la clinique : parler de l’usager, de ses difficultés, de sa personnalité, de son comportement…

Et, presque sans s’en rendre compte, on peut oublier le véritable sujet : la pratique du professionnel et sa posture.

Chez Adimpletionum, l’analyse de la pratique professionnelle est un espace qui permet aux professionnels de prendre du recul sur les situations vécues, d’interroger leur positionnement et de mieux comprendre ce qui se joue dans leurs relations professionnelles.

L’analyse de la pratique professionnelle n’est ni une formation, ni une thérapie, ni simplement un temps d’échange. Elle repose sur une méthodologie précise et sur la capacité de l’animateur à accompagner le groupe vers une réflexion sur la pratique.

Voici un exemple concret à travers les cinq étapes d’une séance de GAPP.

Étape 1 – Le tour de table des situations

J’anime depuis trois ans un GAPP auprès de chefs de service d’une association du secteur du handicap.

Le groupe est constitué de douze professionnels, chefs de service ou professionnels exerçant des fonctions d’encadrement.

Comme à chaque séance, nous commençons par un tour de table.

Chaque participant indique s’il souhaite présenter une situation. Lorsqu’un professionnel propose une situation, nous lui demandons deux éléments :

  • un titre ;
  • une problématique.

Cette première étape est importante dans une démarche d’analyse de la pratique professionnelle : elle oblige déjà le professionnel à identifier ce qu’il souhaite réellement mettre au travail.

Lors de cette séance, une cheffe de service souhaite travailler la question des différences dans l’accompagnement selon les usagers.

Elle formule son questionnement de manière très directe : pourquoi un professionnel peut-il accompagner différemment un usager considéré comme « mignon » et un autre perçu comme plus difficile parce qu’il crie ou exprime fortement son mécontentement ?

À ce moment de la séance, la problématique semble donc principalement centrée sur l’usager.

Mais nous ne sommes qu’au début du travail.

Étape 2 – La présentation de la situation

Une fois la situation sélectionnée, la professionnelle dispose d’un temps pour l’exposer.

Pendant ce temps, elle n’est pas interrompue.

Le groupe écoute.

Ce principe est essentiel en analyse de la pratique professionnelle : le professionnel doit pouvoir dérouler sa pensée avant que les autres participants viennent l’interroger ou proposer leur propre lecture.

La participante explique qu’elle est cheffe de service d’un SAVS et d’un SAMSAH. Les accompagnements sont essentiellement individuels.

Elle vient de retirer la référence d’un usager à l’une des professionnelles de son équipe.

Elle considère que la qualité de l’accompagnement n’était plus satisfaisante.

L’usager, que nous appellerons Jean, manifeste fortement ses émotions. Lorsqu’il n’est pas content, il le montre, peut taper du pied et exprimer clairement son désaccord.

La salariée étant en arrêt maladie, la cheffe de service en a profité pour modifier la référence et positionner un autre éducateur.

À ce moment-là, le groupe pourrait facilement commencer à travailler sur Jean :

  • Pourquoi est-il difficile à accompagner ?
  • Que provoque son comportement chez les professionnels ?
  • Pourquoi cette professionnelle semble-t-elle moins à l’aise avec lui ?

Ces questions peuvent être intéressantes.

Mais l’objectif de l’analyse de la pratique professionnelle est justement de ne pas s’arrêter uniquement à l’usager.

Il faut maintenant regarder ce que cette situation raconte de la pratique du professionnel.

Étape 3 – Le questionnement

Le questionnement est une étape centrale.

Le groupe peut désormais poser des questions pour comprendre la situation, les relations entre les personnes, la place de chacun et ce qui met réellement le professionnel en difficulté.

Progressivement, plusieurs éléments apparaissent :

  • la cheffe de service a elle-même accompagné cet usager auparavant ;
  • la salariée est arrivée après sa prise de fonction comme cheffe de service ;
  • elles n’ont donc jamais été collègues ;
  • ce n’est pas le seul accompagnement dans lequel cette professionnelle semble rencontrer des difficultés ;
  • la cheffe de service vient de terminer sa formation CAFERUIS et a été régulièrement absente ;
  • elle observe depuis quelque temps différentes difficultés chez cette salariée ;
  • pourtant, elle n’a jamais clairement verbalisé ses observations auprès d’elle.

C’est là que l’analyse de la pratique professionnelle commence véritablement à déplacer le regard.

La question initiale était :

Pourquoi cette salariée accompagne-t-elle différemment cet usager ?

Une nouvelle question apparaît :

Que fait la cheffe de service lorsqu’elle constate qu’une salariée de son équipe est en difficulté ?

Nous ne travaillons donc plus seulement la posture de la salariée face à l’usager.

Nous travaillons également la posture du manager face à sa salariée.

  • Pourquoi n’a-t-elle rien dit ?
  • Que souhaite-t-elle protéger ?
  • Que craint-elle en exprimant ses observations ?
  • Que pourrait provoquer le fait de les verbaliser ?

Dans une démarche d’analyse de la pratique professionnelle, ces questions sont essentielles parce qu’elles permettent de passer des faits visibles à ce qui se joue réellement pour le professionnel.

En voulant prendre soin de sa salariée, la cheffe de service a peut-être progressivement mis de côté une partie de sa fonction managériale.

Étape 4 – La structuration des hypothèses

Après un questionnement suffisamment approfondi, le groupe peut construire des hypothèses.

Une hypothèse n’est pas une vérité.

Elle permet d’ouvrir une autre lecture de la situation.

Au départ, certaines hypothèses restent centrées sur la salariée :

  • A-t-elle peur de cet usager ?
  • Est-elle en difficulté dans la relation ?
  • Comment perçoit-elle elle-même son accompagnement ?

Puis nous proposons de changer de prisme.

Et si nous regardions la situation du point de vue du management ?

Une autre hypothèse apparaît :


En ne parlant pas des difficultés qu’elle observe, la cheffe de service pense protéger sa salariée. Mais elle ne lui permet peut-être ni de prendre conscience de ses difficultés, ni de faire évoluer sa pratique.

C’est aussi cela l’analyse de la pratique professionnelle : permettre au professionnel d’envisager une situation sous un angle qu’il n’avait pas nécessairement identifié au départ.

Ne rien dire peut sembler protecteur.

Mais le silence peut également empêcher l’autre de comprendre.

Il peut empêcher une remise en question.

Il peut maintenir une difficulté.

La séance permet finalement de travailler deux postures professionnelles :

  • la posture de la salariée dans son accompagnement de l’usager ;
  • la posture de la cheffe de service dans son accompagnement de la salariée.

Nous sommes partis du comportement d’un usager.

Nous arrivons à une réflexion sur la responsabilité du manager.

Étape 5 – La conclusion

La dernière étape permet de revenir vers le professionnel qui a présenté la situation.

La conclusion en analyse de la pratique professionnelle ne consiste pas nécessairement à trouver une solution immédiate.

L’objectif est plutôt de permettre au professionnel d’identifier ce qu’il comprend différemment après le travail du groupe.

Nous pouvons lui demander :

  • Est-ce que vous y voyez plus clair ?
  • Avec quoi repartez-vous ?
  • Comment repartez-vous ?

Dans cette séance, la prise de conscience est importante.

La cheffe de service réalise que vouloir protéger sa salariée en ne lui disant rien n’est pas nécessairement une posture d’accompagnement.

Manager, c’est également savoir dire.

  • Dire ce que l’on observe.
  • Dire ce qui pose question.
  • Dire ce qui ne convient pas.
  • Dire ce que l’on souhaite voir évoluer.

Cela ne signifie évidemment pas dire les choses n’importe comment.

La véritable question devient alors :


Comment dire ce que j’observe tout en conservant une posture professionnelle, respectueuse et accompagnante ?

Pourquoi les étapes d’un GAPP sont-elles si importantes ?

La méthode donne à l’analyse de la pratique professionnelle un cadre qui permet au groupe de ne pas rester uniquement dans le récit, le conseil ou l’interprétation.

Les cinq étapes structurent la réflexion :

  1. Le tour de table permet de faire émerger les situations.
  2. La présentation permet au professionnel d’exposer sa situation sans être interrompu.
  3. Le questionnement aide à comprendre ce qui est réellement en jeu.
  4. Les hypothèses permettent de changer de prisme et d’ouvrir de nouvelles pistes de réflexion.
  5. La conclusion permet au professionnel d’identifier ce qu’il retient de la séance.

Sans cadre, l’analyse de la pratique professionnelle pourrait facilement devenir une discussion autour de ce qu’il faudrait faire à la place du professionnel.

Or ce n’est pas son objectif.

L’animateur n’est pas là pour donner la bonne réponse.

Il accompagne le groupe pour questionner, déplacer les regards et permettre à chacun de penser sa propre pratique.

Dans cette situation, nous aurions pu passer toute la séance à parler de Jean.

De son caractère.

De ses réactions.

De la difficulté à l’accompagner.

La méthodologie nous a permis de revenir progressivement à une question beaucoup plus professionnelle :


En tant que manager, que fais-je de ce que j’observe chez les membres de mon équipe ?

C’est toute la force de l’analyse de la pratique professionnelle : partir d’une situation concrète, déplacer le regard et permettre au professionnel de revenir à sa propre posture.


Parce qu’avant de chercher à changer l’autre, il est parfois utile de commencer par regarder ce que notre propre pratique raconte.

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